UNE LETTRE
Mauritanie, chère maman. Mauritanie, rêve de nos rêves,
C'est au fond des cités bénies d'ailleurs en pleine detresse,
Que le devoir déguisé en envie m'est venu de te signifier mes sagesses.
Des sagesses, peut-être élementaires mais nourries d'un amour sans trêve.
Entre le jour béni d'une telle révelation et celui de tenir la plume,
Il n'y a pas que des mois mais bien des années, voire des décennies.
Les raisons d'une telle passivité dans laquelle je me voyais condamner,
Loin de pouvoir être citées toutes, se resument à l'âge d'innocence,
Où je me contemplais pris entre les dents tranchantes du destin,
Le coeur braqué sur ton sort, l'esprit aux prises d'une avide curiosité,
Une curiosité, par qui je me sens, capable de te servir aujourd'hui.
Maman, je n'ai jamais perdu de vue de ton sort, abominable sort
Sort que l'Histoire reserva aux décombres de ses crimes passifs.
Comment le pourrai-je conscient que des vies se trouvent à bord,
Des vies innocentes, des vies tristes, des vies absorbées ?
Je fus ainsi pendant des années, fier d'être à toi, foi en ma dignité.
J'ai tenté de bouleverser l'ordre d'un destin dont le scénario revient aux Cieux,
Courant sans savoir pourquoi. S'asseyant sans petit souci à l'esprit.
Mes ambitions m'apportent comme les vagues par les typhons.
Mais puisque je n'arrivais pas à te servir comme le ressentait mon coeur,
La course poursuit son chemin avec divergents moyens et méthodes.
Voilà comment j'ai aimé tout, convaincu de te servir au moins par un.
Mais puisque tu consens avec moi ton enfant chéri,
Que ce qu'on a voulu n'a pas toujours été ce qu'on a eu.
Et que c'est ainsi que Dieu nous devance de ses inaltérables largesses,
Chère maman, vois en ce mystérieux silence un destin bien admis.
Il ne m'est point de honte si devant Dieu je fais allegeance.
Car agissant ainsi mes pas avec les vôtres ont fait même cadence.
Je ne me culpabilise pas non plus si je vous demande pardon
Car en réalité c'est ce que j'ai eu de toi comme un ultime don.
Maman, comment te parler sans vibrer ? Comment te causer sans pleurer?
Car il ya deux choses que l'homme de tous les cieux memoriserait:
L'amour et la haine. Tu ne m'as pas haï voilà pourquoi je ne saurai te voir errer.
Puisque tu m'as aimé et ayant fait preuve d'un tel devouement, pour toi je lutterai.
Aujourd'hui j'ai tenu à te causer, à te parler d'un monde ambigû qu'il ne paraît
J'ai tenu à échanger bien d'idées avec toi, des idées adolescentes peut-être,
Mais sincères, fruits d'un arbre nommé Coeur, entretenu par une sève dite amour.
Et puisque tu es consciente d'une telle vérité et sachant que tu les lirais
Et moi confiant de ce que je te formule qui n'est pas tout à fait nul
Je te demande pardon si même un seul mot de cette lettre agit contre ta mine d'Eden.
Mon intention ici est de te servir, de rappeler ton unité sacrée,
Il se pourra bien que la langue dont je me confie pour te signifier mes sincérités
Et qui m'est une langue étrangère, dont la maîtrise reste encore à performer,
Exprime ces rêves d'une façon contraire à ce que je crois vouloir bien te dire.
Et si tel serait le cas, chère maman, je te prie de bien vouloir m'en excuser.
Ma présente lettre est un avis, un avis par rapport au présent, au vécu,
Un avis de ce que j'ai vécu, de ce que j'ai connu oui de ce que j'ai appris.
Maman le bilan n'est pas facile à nommer, oui ma parole est entrecoupée.
Doit-on toujours pleurer ? Ton peuple merite-t-il ce qu'il vit aujourd'hui ?
Est-il éternellement condamné à errer et toi à mendier ?
Est-il condamné à l'éternel desespoir et toi au sommeil perpétuel ?
Restera-t-il celui qui se met aux effots de la patience pour changer les choses?
Doit-il toujours formuler ses voeux sur les grains de son long chapelet,
Dissimulant les horreurs, le mal rongeant son âme intériorisé lançant des vacarmes?
Pourquoi nos rêves meurent-ils toujours sur l'iceberg de la réalité brumeuse?
Pourquoi ce qu'on peut faire en un mois met toujours dix ans pour aboutir ?
Pourquoi l'esprit de patriotisme perd chaque jour une partie de sa teneur ?
Pourquoi l'espoir du desespoir a eu raison sur l'espoir tout simplement ?
Pourquoi nos actions sont-elles contradictoires à nos objectifs ?
A-t-on des objectifs ? Nos objectifs sont-ils indissociables de nos moyens ?
Peut-on aspirer au developpement sans developpement de l'éducation?
Peut-on aspirer au developpement en perdant de vue l'homme, unité centrale?
La dépendance est-elle un signe posititif de développement ?
Le patriotisme est-il un fait naturel ou un champ à cultiver, à prospérer?
L'unité des intentions ne vaut-elle pas mieux que celle des actions ?
Y a-t-il unité d'intentions ? Y a-t-il celle d'actions ?
Où va l'argent de l'Etat ? Pourquoi l'on s'apprauvrit du jour au jour ?
Le racisme est-il institutionnel ? Le racisme est-il social?
Le tribalisme est-il combattif ? Peut-on changer les choses acquises de l'histoire?
Voilà bien quelques unes des questions qui brulent mes nuits.
Qui brûlent mes paisibles nuits de repos. Auront-elles de fin ?
Je ne suis pas un prophète qui va changer le cours de l'histoire de l'humanité
Mais je suis bien ce citoyen comme tant d'autres, fier de son identité.
Maman tu es un exemple parmi tant d'autres. Si tu te reveilles de ton sommeil,
Tu peux servir d'expérience pour d'autres. L'identité des hommes est un merveil.
La béatification est fruit du travail, de la persévérance, tous nourris du bon sens.
Comme la dignité est aussi le fruit de ce qu'on fait d'honorable et non de nom.
Que j'aie raison ou non seule l'histoire sera en mesure d'en prouver.
Et si ce que je te formulerai, ici, à propos de ton avenir ne tiendra pas,
Maman, il resterait tout de même pour moi des pronostics à partir des faits.
Mauritanie, chère maman. Mauritanie souci de mes soucis,
Nous nous retrouvons dans un monde où notre étiquette est: pauvres,
Dans un monde qui ne connait des pauvres aucun moeurs.
Nous fumes spoliés de nous mêmes depuis des siècles, oui bien des siècles,
Où l'on nous avait payés contre notre innocence, nos sourire et hospitalité:
Nous avions cru avoir accueilli les frères, soucieux dêtre dignes de nos traditions.
Notre générosité a enfanté alors l'erreur grandiose de l'histoire, l'irremediable erreur.
Depuis nous nous sommes retrouvés dans l'immonde où l'indignité nous inonde.
Nous nous sommes retrouvés dans le regrêt de nos propres agissements.
Nous ne pouvons pas dire que nous n'en savions pas quelque chose.
Car leurs actes premiers nous avaient pourtant attiré l'attention sur leur désir.
Mais nous nous sommes laissés aller faire respectant l'esprit de chaque peuple.
Puisque nous étions civilisés, c'est là l'explication de notre passivité initiale.
Il s'est avéré par rapport à ce que nous avions cru en toute sincérité
Que les deux intentions étaient contradictoires. Et c'est ça la vraie réalité.
A quoi sert la resistance quand le combat est d'ores et déja gagné?
A quoi servent les resistances du moment que nous fumes pris au piège?
Engloutis jusqu'aux cous et que la victoire issue de la trahison leur était revenue.
Ils ont peint sur la face de l'histoire la précisosité de leur esprit, leur intelligence.
Que pouvons-nous leur retorquer que d'admettre, silencieux, l'ignoble vérité?
Ils ont prouvé à leur façon que nous étions sans civilisation
Ils l'ont prouvé par notre soumission en réalité simple trahison.
Ils ont écrit sur la face triste de l'histoire ce qu'ils ont voulu écrire.
Nous étions là en face d'eux, la face contre la terre, l'esprit entravé
Entravé dans sa grande et héroïque marche vers l'éternelle victoire.
Car l'on a détourné le mousson de sa douce marche vers des horizons ciblés
L'harmattan violent nous a surpris au coeur des montagnes tortueuses.
Notre douceur perdue de son fraicheur, s'est évanouie dans les ténèbres des grottes.
C'est énivrant de voir le tourbillon quand son âme est victime de confusions.
Nous étions là premiers produits touristiques dans le cachot du regrêt.
L'on nous contemplait. L'on épuisait leurs sales pulsions de nos dignités vierges.
L'Afrique. Maman, voilà comment nous avions perdu notre virginité,
Voilà comment avant d'avoir contracté le mariage où on pourrait rêver fidélité,
L'on nous avait tranché la tête au prix d'un prix qui s'appelerait dettes,
Des dettes que nos effors ne sauraient jamais payer au prix de nos vies.
Ils remercient leurs aïeux. Ils ont diffamé les nôtres pour que nous les condamnons.
Une intention qui ne serait pas vaine. Puisqu'on a dit merde à nos réalités.
Un projet réussi: on a admis que c'est de la guise de nos aïeux, de nos vieux
Que nous sommes aujourd'hui les descendants d'esclaves et des soumis,
Une indignité que notre voix ne pourraît encore formuler ni articuler,
Une indignité qu'aucune histoire ne saurait plus effacer de sa face lugubre.
Pour aspirer à être quelque chose, il va falloir avoir été d'abord quelqu'un.
Comme pour être quelque chose sans avoir été quelqu'un pour un Etat,
Il faut l'unité car un Etat est un ensemble hétérogène d'éthnies, de tribus et de races,
Il faut l'amour car sans passion le monde ne saurait devenir ce qu'il est aujourd'hui
Il faut l'amour car sans ceci entre les hommes, l'unité resterait une simple imagination.
Il faut la volonté car c'est par celle-ci que les hommes définiront l' identité à leur travail.
Il faut la persévérance car sans celle-ci les peines deviendront simple errance.
Ce que nous fûmes, Maman, est perdu dans le chaos du lugubre passé.
Ils ont tué nos griots et les ont remplacé par leurs faux écrits.
Voilà pourquoi nous sommes les bâtards culturels de notre monde actuel.
Voilà comment nous sommes devenus des attardés, des égarés, des maudits.
Voilà comment nous regardons l'abominable histoire qui se dessine derrière nous.
Voilà comment nos ambitions meurent très souvent sur l'iceberg de l'incompris.
Depuis les temps immémoriaux, la reussite fut toujours l'un des defis de l'homme.
Et puisque toutes les vies sont condamnées à évoluer d'une façon ou d'une autre,
Dans nos courses vers un idéal inconnu appartenant aux Cieux,
L'homme n'a plus le sens de distinction entre les bons et les mauvais moyens.
Que pouvait alors le pauvre pris des lianes de trahison à l'aube de l'épreuve?
La réponse est là : condamné à l'éternelle mendicité espèce de fantoche involontaire.
Voilà comment est né l'indésirable armé de sa charge apocalyptique: mondialisation
Il n'y a rien à dire de cet euphémisme où les puissants traînent les faibles
La corde incolore au cou , le visage entre les mains de l'envie sauvage sans gaze?
Il ne s'agit pas de l'apport de chacun mais bien de celui qui est imposé sur tout.
Voilà comment l'ardente mondialisation rue, tête basse, vers l'hypocrite uniformisation.
Et c'est là, oui c'est regrettablement là où où l'on nous sert même le haï ?
Le voeu du pauvre ne comptera pas du moment qu'il n'a rien à contribuer.
Et Dieu sait Maman que le pauvre a contribué de sa part de lion,
Oui de son énergie en sang, de son âme en vie, de son courage en protection.
Si chaque fin pouvait faire valoir à l'oeil nu les moyens de sa réalisation,
Comme autrefois disaient les anciens sages, Dieu, soucieux du bien de l'homme
Faisait écrire d'une main inconnue aux frontons des lieux de debauche,
Les actes illicites commis hypocitement sous son oeil omniscient,
Maman il ne ferait aucun doute qu'à chaque sursaut de l'Occident
Continuant à ignorer la réalité, l'image orageuse de l'Afrique surgisse.
L'Histoire fut trahison. L'Histoire fut mensonge. LHistoire fut "laïcisée".
Elle a eu ses victimes. Elles continuent de subir le sort de cet antique crime.
Si nous sommes pauvres aujourd'hui la faute revient à l'histoire.
Si nous sommes une espèce d'éternels mendiants, revenons à l'histoire.
Ils nous ont violé voilà pourquoi nous sommes devenus des éternels maudits.
Aujourd'hui notre situation est telle que notre vision est assombrie.
Ils nous ont appris, si ce n'est pas à baisser les bras, à les poursuivre en idiots.
Nous vivons les grandes questions de l'histoire dont dépendent nos sorts
En simples admirateurs puisque nos voix furent baillonnées depuis bien des siècles.
L'on nous avait deterré l'art du parler et du faire. Nos sommes des sourds-muets.
Ils créent nous consommons. Ils nomment nous repetons. Nos langues ralentissent.
On nous a dit qu'elles ne sont plus des langues mais des dialectes, quelle dialectique!
Une autre façon de faire admettre à l'histoire la tangibilité de leur crime d'antan.
Mais qu'est-ce qui différencie le français au soninké, au berbère, au sawahili?
Que les français aient soumis les autres autrefois, où ils tirent desormais leurs poids!
N'est-ce pas une autre façon de légitimer l'immoral, l'inhumain?
Maman voilà comment notre monde marche. Voilà comment le mensonge s'est forgé.
Nos langues s'effritent, nous les oublions ne répondant plus aux besoins quotidiens.
Il suffit de penêtrer dans sa chambre et se rendre compte d'une réalité dissimulée:
Nos paroles oscillant entre des langues différentes dont nous ignorons la plupart,
Nos besoins en nos miennes retrécissent de jour en jour, oui de minute en minute
Comme nos créations stagnantes perdent leur utilité à chaque désir,
Nous voulons rapidité, sureté, assurance, performance, longévité, et passivité.
Si ces valeurs se trouvent dans nos objets auxquels nous nous servons,
Elles n'ont pas la même performance que celles qui nous viennent d'ailleurs,
Puisque nous ne voyons plus les choses sous notre vrai et authetique oeil.
Nos langues encourent le risque de ne pouvoir survivre à plus de trois siècles
Car les actes qui conditionnent leur enrichissement se vident de leur essence.
Nos propos sont clairsemés des mots étrangers, ce qui est un mortel danger.
Nous trouvons nos valeurs depassées comme si elles ne sont pas adaptables
Ce comportement ne vient pas de nous mais de l'ignorance de ce que l'on est.
Il faut nous voir souvent surgir contre elles, nous critiquant, nous humiliant,
Nous emprisonnant pour avoir executé ce qui a fait l'honneur de nos parents
Et que les pretextuels maîtres de ce monde conçoivent inhumain, et amoral.
Ailleurs, ils applaudissent et clament: c'est ça civilisation, oui notre humiliation.
L'impérialisme culturel nous offre des prix pour gagner d'autres bêtes.
Il reussira car l'argent est le seul appât susceptible d'harponner le pauvre.
Voilà comment, chaque jour, nous faisons l'indigne courtage au prix exhorbitant.
Et en se retrouvant avec les mêmes valeurs, les larmes reviennent aux yeux,
Larmes de regrêt car nous ne comprenons pas ce qui nous arrive.
Maman nous n'appartenons plus à nous-mêmes, pauvres innocents.
Les crimes modernes ayant comme principales victimes nos innocentes réalités
Ne sont que des crimes indirectement commis par l'impérialisme culturel moderne
Exercé sur le terrain par ses acolytes recensés parmi nos propres frères.
Oui maman c'est ça la vérité, une vérité bien dissimulée.
La tâche serait-elle aisée quand il s'agirait de revenir aux sources polluées,
Des sources falsifiées, dementies, incertaines sur lesquelles nous divergeont?
Pourrons-nous redevenir nous-mêmes nous étant perdus depuis des siècles?
Maman voilà le premier defi à lever que tu dois te faire assigner.
Car l'on ne peut devenir quelque chose qu'en partant de ce qu'on est.
Le Japon est une leçon que le monde pauvre doit connaître et s'identifier.
Faire ce que l'autre fait pour sortir d'une situation qui oblige à la honte
Vaut mieux que persévérer dans une telle situation et continuer de mendier.
Car les hommes ont tous un seul idéal dans la vie, et ceci est Dieu.
A travers l'acte d'un homme, il faut alors y voir l'image du Maître des Cieux.
L'on est toujours pris pour un autre quand on se déguise.
Il s'agit alors de revenir à toi, d'aller de ce que tu es.
Il s'agit de compter sur toi-même, sur tes fils, sur tes moyens
Car les siècles d'aide ont bien prouvé la constance d'éternels mendiants
Mais rarement d'un peuple épargné de son abominable sort.
Maman des siècles ont passé et bien des années aussi
Ils se sont imposés en nos cerveaux comme idéaux
Ils ont inventé des notions qualificatives à deux infinis
Dans le sous-développement les pauvres sont éternellement punis.
Ils se sont faits notre idéal et Dieu le leur, dissimulé et contesté.
Quand on dit Dieu, ils rétorquent que c'est une rérograde identité.
Alors qu'ils partent aux cieux pour essayer de s'enquerir de ses verités cachées.
Alors qu'ils s'enferment dans les labo pour chercher les mystérieux secrêts,
Oui pendant qu'ils se demandent sur le sort de l'homme encore compliqué.
Certains ont compris qu'on veut éternellement nous pendre,
Faisant de l'essor leur unique case, qualifiant les autres sur piste infinie.
Si ce n'est pas dragons rouges c'est pays émergeants, ou pays en développement.
Mais maman en réalité qui est développé en dehors du Maître des cieux?
Oui qui n'a pas ses problèmes surgissant d'une façon ou d'une autre ?
Ils ont véhiculé des idées par le canal de l'ivresse psychologique,
Ils ont présenté nos schémas, nous les ont exhibés tous bien déformés.
Ils nous ont convaincus que c'est bien de nous qu'il s'agit,
Quand nous ne nous reconnaissons pas, ils nous conseillent de lire leurs écrits
Restant toujours perdus dans l'inconnu, les yeux grandement ouverts
Comme l'esprit surpris dans son doux sommeil par les coups de l'alcool,
Nous essayons de revenir alors à nos griots, à nos vieilles chansons,
A celles qui ont accompagné nos rois, nos héros, nos dignitaires à l'apogée
Oui à celles qui ont cité aussi les perdants de l'histoire en décadence
Ils clament c'est falsifiées. Ils murmurent que c'est mal transmise.
Ils argumentent que l'homme est une case de pulsions, de sentiments,
Ainsi il ne saurait rélater une chose sans que ces derniers eurent leur mot.
Voilà pourquoi l'oral ne tient pas débout. Quand il tient, il ne saurait survivre.
Je rétorque à ces serpents que l'écrit aussi ne peut echapper à cette règle.
Ce n'est pas un parfait qui écrit mais c'est toujours le même homme.
C'est pourquoi quoiqu'on puisse écrire à propos de la nature à savoir,
On trouvera toujours quelque chose à ajouter different du premier.
Car la meilleure écriture n'est ni l'écriture elle-même, ni l'oral.
La meilleure écriture est bien la réalité de la nature , du monde.
La réalité du monde est l'écrit de Dieu dans l'espace.
Elle est bien ce sur lequel l'on s'adonne à raconter ou à écrire.
L'écriture comme la parole sont des moyens de conservation,
Oui des moyens copiés de Dieu: L'oral est le bruit de la nature,
Preuve de l'existence d'une vie, qu'elle soit animée ou inanimée.
L'écriture est une trace oui une empreinte codée et codifiée par l'Homme
Il existe deux sortes d'écritures: les traces codifiées et les créations.
Voilà pourquoi elle n'est pas le domaine unique de l'homme.
Les animaux aussi écrivent à leur façon,reconnaissable aussi.
Et dans tous les cas seule l'idée compte et non la façon de la formuler.
Et cette idée n'echappe ni à l'écrit ni à l'oral. Autre chose n'est que préjugé.
Maman nous fumes ainsi pendant bien des années, abominable sort.
Nous fumes des objets de distraction à manipuler comme bon leur semble.
Après bien des fois l'indigne leçon fut assimilée. Nos valeurs ont pleuré.
Elle installa son arsenal dans nos esprits vulnérables.
Et puisque chaque génération doit transmettre ses gloires à ses descendants
Ces malheurs furent alors remis aux enfants, perdus dans l'affreux déluge.
Après bien des générations l'inconcevable est devenu le devoir à assimiler
Nous nous sommes faits fatalistes alors sur nos sorts pourtant changeables.
Nous avons baissé les bras comme hier au moment de l'attachement.
Ils ont continué d'oeuvrer. Ils ont accéléré les pas et franchi d'autres pans.
Quand nous nous sommes reveillés de l'éternel sommeil de l'ivresse,
Nous avions trouvé qu'ils sont partis, grande trahison de l'Histoire
Devant nous un grand papier se trouve étalé, message de l'histoire,
Nous l'avions ouvert croyant trouver mieux. Le contenu est innommable.
"Dettes à payer". Quand et où avons-nous contracté celles-ci ?
Le coup fut dur et trop dur que nous n'avions pas pu l'admettre ainsi.
Nous nous sommes un peu proméné pour changer d'air et voir clair.
Quand nos esprits revenèrent à leurs naturelles raisons, loin des pendaisons
Et qu'ils prirent conscience que les efforts qu'ils disposent en toute franchise
Ne seraient point en mesure , pour encore bien des générations
Par famine, par guerres provoquées et tisonnées, par conflits tribaux ou raciaux
De restituer cet irrestituable, espèce d'ingratitude imposée à la vierge histoire
les sales à part qui ne sont pas des saloparts ont compris dès lors
Que quoi qu'on puisse faire on perseverait dans ce bourbier qui se dit éternel
Et que la solution à une telle abomination serait se forger un nid
Au prix des vies humaines, des peines publiques, pour des vies magnifiques.
Voilà comment l'esprit de corruption, devenu aujourd'hui règle morale,
A eu raison sur l'intérêt public,et s'incorpora dans l'indifférence totale.
Le resultat est l'éternelle pauvreté, l'étenelle mendicité, l'éternelle dépendance.
Voilà le prix de notre générosité, le prix de nos sourires intarissables.
Il y a a eu shoah qui mérite une restitution mais pas de traite négrière,
Il y a eu mission de civilisation mais pas de décivilisation.
Il y a épuisement des ressources naturelles mais pas d'emprunts.
Il y a eu protection contre l'ennemi allemand mais pas de retour glorieux
Car on a coulé l'embarquement des tirailleurs au milieu des acéans.
Des enfants furent orphélins, des femmes veuves sans savoir pourquoi.
Ces êtres chers ont payé leurs vies dans les eaux bouillonnantes des océans,
Des maris et pères qui avaient pourtant été spoliés à leurs familles.
Après avoir rendu un glorieux service à l'Occident, larmes inépuisables.
L'on ne peut jamais nous payer Maman car les vies n'ont pas de prix.
Mais que l'on nous reconnaisse ces crimes, voilà un manifeste de respect.
Malheureusement ils continuent de refuter une telle réalité.
Nous avions alors accepté de payer conscients de nos forces limitées
En contrepartie nous avions demandé leur depart, Maman.
Ils ont estimé l'ordre, puissant de sortir de la bouche des anciens esclaves
Ils ont accepté néanmoins. La conquête des esprits parmi les nôtres debuta.
Patrice Lumumba paya de sa vie. S. Touré et Krumah échappèrent aux aguets.
Sékou a écrit que Senghor et Houphouët étaient leurs acolytes sur le terrain.
Les coups d'Etats militaires, les guerres psychologiques, les diabolisations
Furent inaugurés de manière officieuse: les crimes debutèrent.
Les esprits prometteurs furent anéantis. La tête de l'Afrique fut dé-taillée.
"L'Afrique fut mal partie". Les panafricains furet décrédibilisés.
Voilà comment ils nous avaient entredéchirés pour que nous nous entretuons
Les enfants dignes du continent furent estimés de dictateurs.
Voilà ce que signifiait défendre les intérêts de l'Afrique à cette époque.
Voilà ce que voulait dire être africaniste à cet âge de notre continent.
Ils sont parvenus. Ils sont parvenus à leurs affreux et honteux projets
Car l'espoir de se nourrire un jour ou un autre dépend d'eux.
Les guerres fraternelles furent inaugurées, les dichotomies sociales aussi.
L'on a alors compris pourquoi l'eau de pluie commença à cesser,
Car il y a bien desormais une autre eau susceptible d'arroser nos terres.
Car nos sangs riches d'âmes, nos tristes sangs comme l'engrais enrichi
Ont arrosé nos sols, les houes roulant au cri doux, la sueur incorporée.
Des femmes furent veuves sans savoir si c'est le moment ou non.
Elles n'ont pas porté l'habit noir, l'espoir enséveli dans l'optimisme noir.
Des orphélins ont tendu leurs mains parceque la force qui les nourrit,
Qu'elle soit vivante ou non, n'est plus là pour assurer leur survie.
Voilà comment chaque jour on commet des crimes, des assassinats passifs.
Oui Maman ce fut ainsi. Ce fut ainsi pendant des années voire des siècles.
Ce fut ainsi et cela continue enxcore sans aucune forme de procès.
Et si je te rappelle ces horreurs de l'histoire c'est parcequ'il le faut.
Il le faut. Il faut que nous sachions ces pages sombres, ténebreuses.
Il est bon de connaître l'histoire pour préparer l'avenir.
Car l'Histoire n'est pas que douleurs ou biens mais expériences et leçons.
Les mêmes erreurs peuvent se répeter mais les conséquences divergentes.
J'entends souvent nos frères dire que ce sont nos aieux qui furent soumis,
Ce fut le mot de Fanon, Kalixhe Béyala l'a repris sur Rfi.
Et ceci n'est point le cas pour nous. A mon niveau je ne comprends pas:
Nos maux d'aujourd'hui ne sont-ils pas les effets de la soumission d'hier ?
Un descendant d'esclave n'est pas un esclave mais un descendant d'esclave.
Oui mais l'Occident developpé reste quand même "developpé".
Il ne l'est pas aujourd'hui mais il l'était dépuis les temps de la canne à sucre.
Il le fut depuis l'exploitation et la spoliation de nos matières premières.
Maman tu comprends pourquoi je me perds dans l'envie de vouloir trop dire.
Tu comprends pourquoi il me faut te rappeler ce grand virage de l'Histoire.
Quoi de plus souhaitable pour eux de que nous voir les poursuivre en bêtes!
Heureusement que l'évolution est une règle venue des cieux
A laquelle aucune créature animée de vie ne saurait s'en dérober.
Voilà comment nous avions compris par les ailes naturelles de tout esprit
Que ces gens que l'on estime maîtres du monde avec nous ont la même identité.
Nous avions compris que nous vivions dans des rêves à s'en débarrasser.
Et que ce qu'ils minimisent chez nous est ce qui fait notre grandeur.
Avant quand nous entreprenions une oeuvre qui est sans précedente,
Ils l'auditent, l'analysent, nous posent des questions à propos.
Une fois le secrêt su, le resultat de l'enquête ne trompe plus:
Si la fourmi qui a piqué n'est pas écrasée, la mauvaise herbe est déterrée.
Voilà comment des idées, de grandes idées s'évanouissaient autrefois.
Des idées évanouies chez nous mais qui continuent de vivre ailleurs.
Ils les font revivre sous une autre version , une autre identité,
Que seul l'auteur assassiné pouvait les reconnaître s'il vivait encore.
Aujourd'hui cette tragédie a pris d'autres formes plus repressives
il ne s'agit pas de tuer mais d'harponner l'auteur par une émigration
Qu'elle soit une émigration "choisie" ou une émigration légitime
Il resterait tout de même une émigration clandestine
A l'image de celle qui fait tuer par les balles réelles ou les eaux troublantes
Les balles réelles des gardes frontalières espagnoles ou marocaines,
Des pauvres émigrants convaincus d'aller récupérer leurs droits spoliés.
Car si l'une n'a pas été décidée en accord avec les pays destinataires
La seconde, pour autant, n'a pas bénéficié de l'accord des pays émetteurs
Ces pays qui contribuent leurs rares ressources pour la formation.
Ils ont transformé l'art de savoir en un cauchemard cauchemardesque,
Les mères enfantent dans la douleur. On anéantit leurs peines en souriant.
Chef d'accusation: ils ont voulu s'envoler de leurs propres ailes.
Ce sont les enlèvements, les séquestrations, les emprisonnements arbitraires,
Des crimes repris hypocritement par leurs acolytes parmi nos propres frères.
Oui Maman c'est ainsi que nous avions connu l'affreuse histoire,
L'histoire dont nous avons du mal à revoir des yeux descendants.
Voilà pourquoi le cordon ombilical est entrecoupé, brisé dans les idées.
Nous ne voulons plus nous reconnaître en nos aïeux esclaves.
Une ingratitude que la réalité des faits ne saurait pour sa part point dévier.
Nous sommes aujourd'hui ce que furent nos ascendants autrefois.
Ils furent des esclaves, nous ne le sommes pas mais leurs descendants.
Mais nous ne pouvons pas nous empêcher d'être quand même pauvres.
Voilà Maman l'Histoire, la houleuse histoire, l'indigne histoire sans gloire.
Une histoire qui n'est histoire que par la pensée de l'Homme
Mais une histoire par laquelle la pensée fut mal interprétée, diabolisée.
Quand on apprend que pour mourir, à quoi bon de peiner ?
Ainsi il suffit d'écouter les pleurs-chansons de vieilles mamans
A qui l'on a pris les espoirs, perdant de vue les peines de l'enfantement,
L'on comprend que l'on a tout fait pour agenouiller les pauvres,
Pour les enfoncer dans le bourbier de l'ignorance sans souci.
Le resultat est là: l'analphabétisme, l'abandon précoce de l'école...
